J’ai déjà abordé la difficulté d’évaluer un régime de retraite et traité de quelques hypothèses dans un article précédent. Voici la suite!
Hypothèses économiques
Un autre ensemble d’hypothèses est très important, soit celui des hypothèses économiques: celles qui touchent le salaire, celles qui touchent le taux de rendement et, surtout si le régime prévoit une quelconque indexation des prestations, celles qui touchent le taux d’inflation.
Comparativement aux durées de vie et de service, qui sont essentiellement individuelles, les hypothèses économiques sont globales, c’est-à-dire qu’elles affectent l’ensemble du régime.
Commençons par le taux d’inflation. Si les prestations sont indexées, partiellement ou complètement, le taux d’inflation affecte toutes les prestations de la même façon. Dernièrement, le taux d’inflation n’a pas trop varié au Canada, mais ça n’a pas toujours été le cas, et, même si la Banque du Canada semble en contrôle, je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup d’experts qui soient prêts à affirmer que l’inflation restera sous contrôle pendant les 75 prochaines années…
Le taux de rendement est un taux calculé pour l’ensemble des fonds qui se trouvent dans la caisse de retraite. Il faut faire une hypothèse pour ce taux… Il suffit de penser aux taux de rendement des bourses canadiennes et états-uniennes ces dernières années pour se rendre compte que ce n’est pas facile à prédire…
Pour ce qui est du salaire, en fait, il y a une composante individuelle dans la mesure où l’augmentation de salaire vient en partie du mérite ou de l’expérience propre à la personne. ll y a aussi une composante globale qui correspond à l’augmentation de productivité. En fait, cette décomposition semble pas mal théorique… Même sans s’attarder aux composantes — il est possible d’en définir trois — le fait est qu’il est aussi difficile de prédire les augmentations de salaire…
La morale de l’histoire?
Parce qu’il y a plusieurs hypothèses à émettre pour évaluer un régime de retraite (je ne les ai même pas toutes mentionnées!), parce que plusieurs hypothèses font l’objet d’une grande incertitude et parce qu’un régime de retraite a des engagements qui s’étalent loin dans le temps, il ne faut pas s’étonner de passer d’une période où plusieurs régimes sont excédentaires (parfois au point de se demander quoi faire de l’argent en trop), à une période où plusieurs régimes sont déficitaires.
Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus qu’il est difficile d’évaluer un régime de retraite, pensez à ceci: est-ce que les experts s’entendent pour prédire ce qui arrivera sur les marchés canadiens dans la prochaine année? Même d’ici la fin de l’année? Alors, difficile de penser qu’on puisse prédire tout ce qui affectera la valeur des promesses faites aux actuels participants à un régime de retraite!
Alors, pas étonnant qu’il faille évaluer un régime au moins tous les trois ans — cela permet de rajuster le tir! Ce n’est pas aussi fréquent que l’ajustement de l’avion sur sa trajectoire, mais la destination n’est pas atteinte à aussi brève échéance non plus!
Image disponible sous licence CC de l’usager flickr cliff1066