Le vrai débat à propos de l’impôt santé
Comme je l’ai laissé entendre lors de mon article du 1er avril dernier, à mon avis, le vrai débat au sujet de l’impôt santé n’est pas de trouver que ça coûte trop cher, que nos impôts augmentent toujours et que les compagnies devraient payer plus et non nous. Non, augmenter les impôts pour payer les coûts croissants du système de santé, surtout dans le contexte où, depuis 2003, les impôts ont baissé de 5,4 milliards, ça se défend.
Mise à jour: Suite aux commentaires qu’à suscité cet article, je réalise qu’il n’est pas clair si je parle de l’impôt santé de 200$ par année ou plutôt du ticket modérateur. Or, je parle bel et bien de l’impôt santé qui sera imposé à tout le monde. Le ticket modérateur est un sujet bien trop complexe pour que j’ose émettre une opinion!
Impôt fixe, à taux fixe et à taux progressif
Le système fiscal, tant au fédéral qu’au provincial, est basé sur un taux progressif: plus votre revenu est élevé, plus votre taux d’imposition sera élevé. Je simplifie un peu pour les besoins de la cause… L’ADQ a déjà proposé (il y a une ou deux élections) un système à taux fixe: peu importe votre revenu, tout le monde paie selon le même taux. C’est un système qui est plus généreux envers les riches que le système actuel et, à l’inverse, moins intéressant pour ceux dont le revenu est plus faible.
Aux fins d’illustration, j’ai bâti trois scénarios avec différents niveaux de revenus. Dans tous les cas, on a quatre personnes qui doivent au total contribuer pour 25 000$ d’impôts. Voici comment on y arrive avec un montant forfaitaire, un taux fixe et un taux progressif.
- Forfaitaire: on divise 25 000$ par quatre.
- Taux fixe: Les premiers 10 000$ de revenus sont exempts d’impôts. Pour arriver à 25 000$ d’impôts, le taux est donc de 10,417%
- Taux progressif: c’est le plus compliqué à expliquer, voici donc un tableau:
| Revenu | Taux |
|---|---|
| 0 – 14 999$ | 0% |
| 15 000 – 29 999$ | 5% |
| 30 000 – 59 999$ | 10% |
| 60 000 – 119 999$ | 15% |
| Plus de 120 000$ | 20% |
Maintenant, considérons l’effet des trois scénarios sur des revenus faibles, moyennement faibles, moyennement élevés et élevés:
| Revenus | Forfaitaire | Taux fixe | Taux progressif |
|---|---|---|---|
| 15 000$ | 6250 | 520,85 | 0 |
| 40 000$ | 6250 | 3125,10 | 1750 |
| 75 000$ | 6250 | 6771,05 | 6000 |
| 150 000$ | 6250 | 14 583 | 18 750 |
| Total | 25 000 | 25 000 | 26 500 |
Conclusion: le taux progressif est plus avantageux pour tout le monde, sauf pour les riches. Le scénario avec un montant forfaitaire est particulièrement «brutal» pour la personne pauvre, puisque plus du tiers de son revenu doit être payé en impôts. De l’autre côté, le taux progressif impose un taux de 12,5% à la personne qui a un revenu de 150 000$. C’est élevé, mais on présume qu’il ou elle trouvera un moyen de payer son loyer et son épicerie avec l’argent qui reste…
Impôt santé forfaitaire?
Bref, le vrai débat sur l’impôt santé, c’est sa forme. Le gouvernement a réduit au cours des dernières années l’imposition à taux progressif et augmente maintenant les impôts d’un montant forfaitaire. C’est une méthode qui pénalise beaucoup plus les pauvres que les riches. La société québécoise doit décider si cette avenue concorde avec ses meilleurs intérêts.
Image disponible sous licence CC de l’usager flickr cdsessums








