Des obligations du Canada… en dollars américains?

La semaine dernière, je lisais dans Les Affaires que le Canada allait procéder à l’émission d’obligations en dollars américains, contrairement à son habitude qui est de les émettre dans la devise locale. L’ennui, c’est que les opérations de finance internationale sont parfois si complexes que ça prendrait un article de plusieurs pages pour permettre à une personne normale (posons comme hypothèse, par souci de simplicité, que j’en suis une) de comprendre quelque chose à ce charabia.
Freiner la hausse du huard ou spéculer sur la valeur du USD?
Je vois deux justification possible à cette décision du ministre des Finances, Jim Flaherty: d’un côté, il peut s’en servir comme d’un outil pour contrôler la valeur de la monnaie canadienne (tel que prévu à l’article 17 de la Loi sur la monnaie). D’un autre côté, il peut également espérer que la valeur du dollar américain diminue considérablement, ce qui rendrait les obligations moins coûteuses pour le Canada.
Car, si on se souvient de mes quelques articles sur les obligations corporatives, on se rappelle qu’une obligation, c’est essentiellement une dette que l’émetteur contracte auprès de celui qui achète ladite obligation. Si vous faites l’acquisition d’obligations d’épargne du Canada, en fait, c’est le gouvernement canadien qui vous emprunte de l’argent.
Contrôler la montée du dollar canadien
La véritable raison est fort probablement celle prévue par la loi: avec le déficit budgétaire qui se creuse aux États-Unis et la montée du prix du pétrole, nous assistons à un scénario parfait pour une augmentation significative de la valeur du dollar canadien par rapport au billet vert. Afin de protéger les exportateurs (surtout le secteur manufacturier, déjà bien mal en point), le gouvernement canadien, en émettant des obligations en dollars américains, augmente la demande pour ce dernier, ce qui devrait logiquement amener une diminution de la valeur du dollar canadien par rapport à la devise de nos voisins du Sud.
Question éditoriale: pourquoi diable le gouvernement n’a-t-il pas utilisé cette mesure il y a 18 mois afin de protéger le secteur manufacturier de l’Ontario et du Québec?
Réduire le coût de la dette?
Le ministre pourrait également (mais je me permets d’espérer qu’il n’irait pas jusque là!) parier que le gargantuesque déficit gouvernemental américain amènera un diminution considérable de la valeur du dollar américain, ce qui réduirait d’autant la dette du gouvernement canadien. Par exemple, une obligation émise à 1000$US aujourd’hui coûterait environ 1100$CAN… Si le taux de change arrive à parité, le gouvernement canadien n’aurait qu’à débourser 1000$CAN pour rembourser totalement le détenteur de l’obligation!
Les événements financiers de la dernière année m’ont toutefois rendu très sceptique face à la spéculation en général…


Par contre, en lisant le texte explicatif, on comprend que la situation, bien qu’inquiétante selon moi, l’est moins qu’il n’y paraît. En effet, le Directeur parlementaire du budget explique qu’il a changé la façon de comptabiliser les coûts du service de la dette pour les considérer comme faisant partie des coûts structurels, ce qui n’était pas le cas précédemment. De plus, il souligne que les montants mentionnés demeurent relativement petits comparativement à la taille de l’économie et surtout à la marge d’erreur sur les prévisions économiques des cinq prochaines années.






