Bon, ce n’est pas dans mon habitude, mais je me laisse aller à émettre mon opinion sur l’économie en général et, surtout, sur la question: a-t-on enfin atteint le fond du baril ? (J’avais tenté moins habilement que plus d’y répondre en décembre et en février derniers) Mais, tout d’abord, je vous sers un avertissement: j’ai tendance à être plus inquiet que nécessaire.
Un fond spongieux
La plupart des indicateurs économiques (pertes d’emplois, volume de ventes de maisons aux États-Unis, les indices boursiers, la confiance des consommateurs) démontrent clairement que la chute libre est terminée. C’est déjà une excellente nouvelle! Par contre, on ne parle pas encore de croissance significative de l’économie.
Ici, mon côté pessimiste reprend le dessus: certains éléments m’inquiètent beaucoup et m’amènent à me ranger du côté de ceux qui craignent une seconde récession (double-dip, en anglais) plutôt que l’hyperinflation:
Heureusement, les projets d’infrastructures du plan de relance devraient se mettre en branle sérieusement cet automne. On peut donc espérer que cet apport d’argent compensera les trois éléments qui m’inquiètent!
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L’article de Les Affaires annonçant que, sur 45 000 emplois perdus en juillet au Canada, 37 100 ont été perdus au Québec a attiré mon attention. Depuis le début de la crise, les mauvaises nouvelles économiques provenaient de l’Ontario (automobile) et de l’Alberta (pétrole), le Québec résistant raisonnablement bien.
La fin de la correction manufacturière?
Il est certainement trop tôt pour l’affirmer, mais la faible hausse de l’emploi en Ontario signale probablement la fin des mises à pied massives dans le secteur manufacturier. Avec des profits annoncés par Ford et la vente de Chrysler à Fiat, le secteur automobile peut enfin respirer un peu. Du côté de l’Alberta, le prix du baril est passé de 31$ en février à plus de 70$ aujourd’hui, ce qui a sûrement aidé l’emploi dans cette province productrice d’or noir.
Que se passe-t-il au Québec?
D’après Les Affaires, il semble que la majorité des pertes d’emplois québécoises se sont produites dans le domaine du tourisme. En effet, la force du dollar canadien, le mauvaise météo et la faiblesse de l’économie américaine sont tous des facteurs qui ont amené une pression négative sur l’industrie touristique.
Il n’en reste pas moins que le tableau demeure très inégal entre les différentes villes québécoises: Montréal affiche un taux de chômage de 9,6% alors qu’il est de seulement 4,8% à Québec!
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Le Bureau du Travail (Department of Labor) a publié jeudi dernier deux indicateurs hebdomadaires qui sont très très suivis: le nombre de premières demandes d’assurance chômage et le nombre total de personnes qui bénéficient de ce programme.
Tout va bien, madame la marquise
Les chiffres publiés sont très très encourageants! Le nombre de premières demandes a baissé à 522 000, comparativement à 569 000 la semaine précédente (celle-ci était la première sous la barre des 600 000 depuis janvier dernier). Le nombre total de personnes qui bénéficient du programme a baissé, lui, de 642 000, pour s’établir à 6 273 000.
On sort les gazous, les feux d’artifice et on célèbre la fin de la récession? Pas si vite.
C’est la faute des saisons!
Puisque le marché de l’emploi est fortement impacté par les saisons (tourisme et agriculture en été, commerce de détail en décembre, par exemple), les statistiques sont toujours ajustées pour en tenir compte. Elles sont «désaisonnalisées». Or, aux États-Unis, un phénomène habituel à la mi-juillet est la mise à pied temporaire d’employés dans les usines automobiles alors que les entreprises réduisent la production pour la période estivale.
Comme l’expliquent CalculatedRisk et PlanetMoney, il y a une particularité cette année: ces mises à pied ont déjà eu lieu il y a plusieurs mois à cause de la crise dans laquelle les manufacturiers sont plongés. L’ajustement statistique «compense» donc pour des mises à pied qui ont déjà eu lieu et cela améliore artificiellement les chiffres qui sont présentés.
En termes non ajustés, il y a eu une augmentation de 86 389 du nombre de premières réclamations. C’est un peu moins encourageant.
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Depuis quelques mois déjà, on parle de stabilisation de l’économie (j’ai même récemment abordé le désengagement du gouvernement dans le cadre de l’après-crise). Les nouvelles ne sont pas bonnes, mais elles sont clairement moins unanimement mauvaises que cet automne. Le plus récent lauréat du prix Nobel d’économie, Paul Krugman, suggère même que la fin officielle de la récession se produira probablement cet été.
Par contre, même si les marchés boursiers ont monté considérablement depuis le mois de mars dernier, le marché de l’emploi demeure malmené, et tout indique que la situation ne s’améliorera pas de sitôt. Le toujours excellent blogue américain CalculatedRisk nous présente quelques graphiques très révélateurs mettant en relation la croissance du PIB et le marché de l’emploi.

Grapthique de CalculatedRiskblog.com
On peut voir sur ces graphiques que lors des deux récessions précédentes, le marché de l’emploi a commencé à s’améliorer entre 15 et 19 mois après la fin officielle de la récession.
Ce sont des chiffres américains et le marché de l’emploi au Canada et surtout au Québec est en bien meilleure posture, mais nous exportons beaucoup vers les États-Unis et plusieurs entreprises d’ici dépendent d’une consommation vigoureuse de la population de nos voisins du Sud!
CFD attire notre attention sur une étude de John Haltiwanger (Université du Maryland) et Ron Jamin et Javier Miranda du Census Bureau (États-Unis) qui date du mois de mai dernier et qui se penche sur les facteurs de création d’emplois dans les entreprises aux États-Unis.
À la page 32, un graphique (figure 15) qui met en relation la création nette d’emploi, l’âge des compagnies et la taille de ces compagnies est très révélateur… et on peut souhaiter que les gouvernements s’en inspirent dans l’élaboration de leurs plans de relance.
Ce qu’on y observe, c’est que la grande majorité des emplois créés le sont par de petites (1 à 49 employés) et nouvelles (âge de 0 an) entreprises.
La conclusion que j’en tire: le plan de relance de l’économie devrait contenir des mesures pour supporter la création de nouvelles entreprises. Comment? Une première méthode qui ne coûte pas très cher: simplifier les règles et la paperasse nécessaire à la création d’entreprises. Deuxièmement, un accès au crédit (des prêts!) pour ces nouvelles entreprises… soit via des garanties de prêts ou des subventions.

Net Job Creation (number of jobs), by firm age and size. 1987-2005