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Icesave: quand la faillite d’une banque cause un incident diplomatique

octobre 8th, 2009 Ebenezer 1 comment
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Depuis le début de la crise financière, on entend parler de la situation apparemment catastrophique de l’Islande mais, de mon côté, je m’étais rarement informé plus en profondeur sur le sujet. Néanmoins, un nom revenait régulièrement dans les nouvelles que je lisais: Icesave.

Expansion d’une banque islandaise en Europe!

À partir de 2006, la banque Landsbanki a ouvert une division en Angleterre sous le nom d’Icesave. Il s’agissait d’une banque en ligne qui offrait des comptes d’épargne — en fait, ça devait ressembler beaucoup à ce qu’est ING Direct. En mai 2008, la banque a également ouvert une division aux Pays-Bas. Comme les taux d’épargne offerts étaient très généreux (plus de 5%), les clients ont été nombreux, et les dépôts totalisaient 5,7 milliards d’euros.

Automne 2008 — la Grande Faucheuse des banques passe

En septembre 2008, Lehman Brothers disparaît, emportée par son exposition au papier commercial. Début octobre 2008, la maison mère d’Icesave, Landsbanki, déclare également faillite. Les déposants britanniques et néerlandais — et leurs gouvernements — s’adressent donc rapidement au gouvernement islandais: va-t-il couvrir les dépôts hors-Islande de cette banque en faillite?

La réponse est venue du gouverneur de la banque centrale islandaise: «nous n’avons pas l’intention de rembourser les dettes des banques qui ont été trop téméraires».

On peut comprendre pourquoi: l’état islandais n’était pas en mesure de rembourser des dettes, contractées par des compagnies privées, totalisant la moitié de son PIB de 2009.

La réponse des Britanniques et des Néerlandais fut essentiellement de dire que c’était à l’état islandais de réguler correctement ses banques pour les empêcher de mettre le pays au complet dans le trouble. (En fait, je vous épargne tous les détails légaux, mais vous pouvez les lire en entier dans cet article de Wikipédia)

Pression du Fonds monétaire international

Puisque l’économie islandaise était en train de s’écrouler, le budget du gouvernement était fortement déficitaire et celui-ci avait (a toujours, d’ailleurs) une dette considérable. Le gouvernement devait donc emprunter (et renouveler des prêts) auprès du Fonds monétaire international (FMI). Or, les gouvernements britanniques et néerlandais firent pression sur le FMI pour que celui-ci refuse de prêter à l’Islande tant que la dispute au sujet d’Icesave ne serait pas réglée.

Naturellement, je résume beaucoup. L’exemple islandais est fascinant puisqu’il démontre comment les mauvaises décisions de compagnies privées peuvent entraîner tout un pays dans un merdier total et faire perdre au gouvernement une partie de sa souveraineté. En gros: ce n’est pas pour rien que le marché financier doit être réglementé!

Image disponible sous licence CC de l’usager flickr Shiny Things – Il s’agit d’un taxi affichant une publicité pour Icesave
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Il y a un an: la crise commençait

septembre 15th, 2009 Ebenezer Comments off
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Il y a un an aujourd’hui, la crise financière débutait. C’est en effet le 15 septembre 2008 que la firme Lehman Brothers a déclaré faillite, à cause de ses investissements peu judicieux dans le papier commercial de mauvaise qualité. Cette faillite a entraîné la baisse quotidienne du Dow Jones la plus importante depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Le début d’une réaction en chaîne

On associe généralement le début de la crise avec la faillite de Lehman Brothers parce que celle-ci menaçait de débuter une réaction en chaîne. Plusieurs compagnies et fonds d’investissements avaient en effet prêté de l’argent à Lehman Brothers et perdaient ainsi leur investissement. La question qui leur brûlait les lèvres désormais était: qui sera la prochaine à faire faillite? En attendant de savoir, plus personne ne voulait prêter d’argent à personne. Les dépôts des citoyens sont protégés par la FDIC, mais les investissements corporatifs, eux, ne le sont pas. On a donc assisté à l’équivalent d’une panique bancaire dans le monde des entreprises. L’ennui, c’est qu’une très grande majorité des entreprises américaines ont besoin d’emprunter de l’argent sur une base quotidienne pour financer leurs opérations. (Pour plus de détails sur cet épisode, je vous encourage à écouter cette émission de radio (en anglais), qui explique le tout très simplement.)

La crise du crédit: l’économie américaine au bord de l’apocalypse

Cet enchaînement très rapide d’événements a amené le secrétaire au trésor d’alors (l’équivalent de notre ministre des Finances) à proposer un ambitieux plan de 700 milliards de dollars afin de sauver les banques qui n’étaient pas encore tombées. Lui et le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, auraient rencontré à huis clos des dirigeants influents du Sénat le 18 septembre 2008 (trois jours seulement après la faillite de Lehman Borthers) en leur disant que si le plan de sauvetage n’était pas adopté rapidement, on ne parlerait plus de la Grande Dépression des années 30… parce que celle à venir serait bien pire.

Ce n’est pas tous les jours qu’on n’a que trois jours pour décider de dépenser plus que la dette du gouvernement fédéral canadien.

Aurait-on dû sauver Lehman Brothers?

Je présume que plusieurs doctorats seront rédigés dans les prochaines années pour analyser si c’était une erreur ou non pour le gouvernement américain de laisser Lehman Brothers déclarer faillite. Avait-on sous-estimé l’effet domino? Étant donné l’ampleur de la bulle qui existait, un tel choc était-il inévitable pour revenir à une situation normale?

Le PDG de la Banque Nationale avait déclaré, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires, être clairement du côté de ceux qui croient que ce fut une grave erreur.

Toutes ces questions méritent d’être explorées, non pas pour trouver qui blâmer, mais plutôt pour savoir quoi faire la prochaine fois que ça se présentera.

Image disponible sous licence CC de l’usager flickr Tom T
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Le directeur parlementaire du budget

juillet 12th, 2009 Ebenezer Comments off
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La semaine dernière, le directeur parlementaire du budget a publié un rapport à propos du déficit anticipé au cours des cinq prochaines années. Je voulais parler de la nouvelle, mais je réalise que présenter le rôle du directeur parlementaire du budget était nécessaire avant d’aborder ce qu’il a dit.

À ne pas confondre avec le ministre des Finances

On est habitués à ce que les commentaires concernant le budget proviennent du ministre des Finances (ou des membres de l’opposition). On est donc en droit de se demander: qui est le directeur parlementaire du budget? Est-il un fonctionnaire travaillant pour le ministre des Finances?

Non. Son poste est similaire à celui du Vérificateur général, c’est-à-dire qu’il est un employé du parlement (et non du gouvernement). C’est la Chambre des Communes qui l’engage et (au besoin) le remercie, et non le premier ministre. L’objectif étant de le placer dans une position où il peut émettre une opinion aussi objective que possible sur l’état des finances publiques du gouvernement afin que les députés puissent voter sur le budget avec la meilleure information possible.

Des rapports non-partisans

Cette position non partisane et objective  donne donc beaucoup de poids à mes yeux aux rapports que le directeur parlementaire du budget publie. Ses rapports ne sont pas influencés par un agenda politique et, en ce sens, je pense qu’on peut leur faire confiance. J’aborderai donc dans le prochain article le contenu du plus récent rapport.

Image disponible sous licence CC de l’usager flickr crabchick

L’euro: une solution, plusieurs problèmes

mars 30th, 2009 Ebenezer Comments off
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Comme vous le savez probablement, l’Amérique du Nord n’est pas la seule à vivre une crise économique. Aujourd’hui, j’ai donc fait quelques recherches à propos de la situation en Europe et, plus spécifiquement, les pays qui ont adopté la monnaie commune (l’euro). En fait, comme on essaie de garder nos articles plutôt courts, il y en aura probablement deux: un premier pour parler de l’euro et de ses bénéfices et inconvénients pour les pays participants et un deuxième qui s’intéressera à l’effet de la monnaie commune dans un contexte de crise.

Création de l’euro

L’euro a été créé par le traité de Maastricht, signé en 1992 par les pays membres de l’Union européenne (sauf la Grande-Bretagne et le Danemark). Son utilisation a débuté en 1999 de façon électronique et il a complètement remplacé la monnaie nationale des pays participants en 2002. J’avais entendu quelque part que la création d’une monnaie commune à l’Europe avait comme objectif de contrer la puissance excessive du dollar américain, mais je n’ai pu trouver d’information à jour à ce sujet.

Des conditions sévères

L’un des objectifs de l’euro était de stabiliser la monnaie nationale des pays pour (et si un économiste me lit et trouve que je dis des âneries, corrigez-moi!) éviter une fluctuation trop grande de la valeur des monnaies. Au Canada, nous avons vu que la remontée du dollar canadien face au dollar américain en 2006-2007 a eu un effet dévastateur sur les manufacturiers exportateurs. Une monnaie commune à l’Europe permet d’éviter ce genre de situation.

Par contre, pour éviter qu’un pays ne débalance la valeur de la monnaie commune en prenant par exemple des mesures inflationnistes, les membres se sont imposés des contraintes sévères en matière de finances gouvernementales: le déficit du gouvernement ne peut dépasser 3% du PIB et la dette nationale, 60%.

Pour se donner une idée, voici les données relatives à quelques pays bien connus:

  Déficit Dette
Canada 2% 64%
États-Unis 13% 61%
France 5,6% 64%
Image disponible sous licence CC de l’usager Flickr Chuck Nhorus
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Assurance-dépôts américaine

mars 11th, 2009 Ebenezer 1 comment

Plus tôt cette semaine, j’ai parlé de la Société d’assurance-dépôts du Canada et comment elle nous permettait d’être confiants qu’on ne perdrait pas l’argent de notre compte d’épargne, même si notre banque faisait faillite. Cet organisme est calqué sur la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), fondée aux États-Unis en 1933, à la suite de nombreuses faillites bancaires.

Un peu plus occupée que la SADC

Dans mon article, j’indiquais que la dernière fois que la SADC avait dû intervenir dans la faillite d’une banque, c’était en 1996… Or, l’excellent blogue CreditLoan (en anglais) nous apprend que la FDIC est intervenue 25 fois en 2008 et depuis le début de 2009 — ce sont 16 banques qui ont fait faillite. Il faut toutefois savoir que le système bancaire américain est plus fragmenté que le marché canadien: plusieurs de ces banques avaient moins de cinq succursales. Dans son article, CreditLoan nous apprend aussi que la FDIC s’attend à manquer d’argent d’ici la fin de 2009 et a imposé une prime spéciale aux institutions membres.

L’ABC d’une faillite de banque

L’émission américaine 60 Minutes a présenté un reportage sur le processus de reprise d’une banque en faillite par la FDIC. On y constate entre autres que le processus semble demander au moins 15-20 personnes par succursale. On comprend donc pourquoi personne n’est pressé d’appliquer le même processus à des géants comme Citigroup ou bien Bank of America…

Watch CBS Videos Online

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La Caisse de dépôt, partie 2

décembre 5th, 2008 Ebenezer Comments off

Le 25 novembre dernier, j’ai parlé de la Caisse de dépôt et placement du Québec. J’avais conclu que le sujet était intéressant et qu’on y reviendrait.

En effet, l’aspect intéressant de la Caisse, c’est qu’elle a accès à un capital considérable (155 milliards) en étant le gestionnaire privilégié des différents organismes du Gouvernement du Québec. Dans les autres provinces et États, ces organismes gèrent de façon indépendante leurs fonds, ce qui fait que la Caisse est l’un des plus gros gestionnaire de fonds publics en Amérique du Nord.

Cette concentration de fonds a permis à la Caisse d’avoir un impact réel et direct sur l’économie québécoise entre sa fondation, en 1965, et 2005. Durant cette période, la Caisse a régulièrement investi dans des entreprises québécoises afin de les aider à prospérer (ou même à les sauver!). Les milliards de la Caisse étaient donc un moyen pour la société québécoise de supporter le développement économique de la province. Elle a donc investi dans des compagnies comme: Vidéotron, Ivanhoé, Provigo, Noranda, Bombardier Produits Récréatifs, Gaz Métropolitain et j’en passe.

En 2005, le Gouvernement du Québec modifie la mission de la Caisse. Tel qu’annoncé avant la campagne électorale, les libéraux limitent le pouvoir d’intervention de la Caisse dans l’économie en lui donnant comme objectif la croissance de ses actifs avant le développement économique de la province.

La crise vient de loin

novembre 28th, 2008 Ebenezer Comments off

Depuis quelques mois, on ne parle que de la crise financière quand on parle d’économie. Et c’est un fait que chaque jour qui passe rapproche notre nom de domaine de la réalité. Hélas.

Cela dit, la plupart des reportages qui nous sont offerts laissent transparaître un étonnement face à l’apparition de cette crise. Or, elle ne vient pas de se matérialiser de nulle part, elle trouve ses racines dans le ralentissement économique de 2001-2002 (en fait, aux États-Unis, ce fut une récession).

Retour en 2001: avant l’attentat du 11 septembre, la bulle des TI avait explosé. Ces deux événements auraient dû entraîner l’économie américaine, et celle d’une bonne partie du monde, dans une grave récession. 

Les effets de la récession de 2001 ont été amenuisés par l’augmentation de la valeur des maisons aux États-Unis. Les gens réhypothéquaient leur maison pour acheter une auto, rénover leur maison, etc. Donc l’augmentation de la valeur des maisons causait une augmentation de l’activité économique, qui cause une augmentation de la valeur des maisons. Résultat: cercle vicieux qui cause une bulle immobilière, immédiatement après la bulle des TI.

Warren Buffet avait prédit ceci dès mai 2005… alors que le nouveau président de la banque centrale américaine prétendait le contraire. Nous savons maintenant qui avait raison à l’époque.

J’ai cherché, sans succès, des indices sur les mesures prises par le gouvernement américain dans la période 2001-2002 qui auraient favorisé une bulle immobilière. Quelqu’un a une meilleure mémoire que moi?

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