Garderie, gardera – 2/2

Dans mon article précédent, j’ai décrit brièvement le système québécois des garderies. Maintenant, quelques autres éléments pour mieux comprendre pourquoi certains nouveaux parents qui souhaitent faire garder leur enfant peinent autant à lui trouver une place.

Puisqu’on entend parler de 200 000 places à 7$ par jour, le premier réflexe des futurs ou nouveaux parents est d’en vouloir une. Après tout, pourquoi payer plus. D’après le gouvernement, c’est effectivement dans ce groupe que se trouveraient la majorité des places: 58% des enfants de moins de cinq ans s’y feraient garder, contre 24% pour les services de garde non accrédités et 18% pour les parents eux-mêmes. Mais pas facile d’en trouver une, encore moins pour un tout jeune enfant. 

Les poupons

En effet, parmi les CPE et garderies, seuls les endroits disposant d’installations adaptées peuvent accueillir des poupons (enfants de moins de 18 mois), et leur nombre maximal est déterminé. Dans le cas des services en milieu familial à 7$, les responsables ne peuvent accueillir que deux poupons et plusieurs choisissent de ne pas en prendre du tout, étant donné le surcroît de travail que cela représente. Or, les prestations offertes par le Régime québécois d’assurance parentale peuvent se terminer au plus tard au moment où l’enfant aura environ un an. Aussi, à moins que les parents ne disposent de réserves financières, décident de se serrer la ceinture pour un temps ou disposent d’une autre option, c’est à ce moment qu’ils ont besoin d’un service de garde, parmi les poupons. 

Si ce n’est pas dans la période d’été, durant laquelle les enfants des CPE et garderies jouent à la chaise musicale (les plus vieux vers l’école, les poupons gradués vers ces places libérées), peu d’espoir dans ces établissements. Surtout si l’enfant n’a pas déjà un aîné à cet endroit, auquel cas il se verrait accorder une priorité. Les services en milieu familial à 7$ sont généralement dans une situation similaire (encore que si une place se libère dans une garderie ou un CPE, plusieurs parents la prendront), tandis que les services de garde non accrédités semblent connaître davantage de roulement. 

Le milieu familial non accrédité

Beaucoup de services de garde en milieu familial ne sont pas accrédités, probablement parce que, rareté aidant, les responsables peuvent ainsi charger un tarif plus élevé que ce qu’elles obtiendraient en l’étant. Sinon, comme le processus d’accréditation peut prendre plusieurs mois, voire des années, certaines n’en ont tout simplement pas encore atteint la fin. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage de personnes qui se lancent dans le domaine, étant donné la rareté constatée à plusieurs endroits ? Six enfants à 25, 30 ou même 35$ par jour, dix heures par jour de garde plus la préparation, avec le coût du repas et des collations et les aménagements à la résidence à assumer, ça ne donne pas un salaire horaire faramineux…

Suggestions

Compte tenu de tout cela, voici quelques conseils que le ministère de la Famille et des Aînés pourrait ajouter à son petit guide À la recherche d’un service de garde éducatif pour votre enfant pour simplifier la vie des parents:

  • Les futurs parents devraient consulter des sites Web comme magarderie.com, identifier les secteurs où des places sont annoncées et y déménager pour aider à équilibrer l’offre et la demande.
  • Les futurs parents devraient inviter leurs parents à prendre leur retraite au moment opportun, à déménager à proximité et à ne plus voyager afin de se consacrer à la garde de leurs petits-enfants en attente d’une place. 
  • Les futurs parents devraient songer à s’inscrire sur les listes d’attente avant la conception de l’enfant (une garderie qui indique avoir trois ans d’attente pour ses places de moins de 18 mois, faites le calcul…)
  • Les futurs parents devraient planifier la conception de l’enfant pour qu’il ait entre 10 et 12 mois durant l’été, de façon à ce qu’il soit prêt à prendre une place alors au moment où celles-ci se libèrent.
  • Les nouveaux parents devraient préparer le CV de leur bébé pour les entrevues effectuées lorsqu’une place est annoncée dans un milieu familial et que 20 parents appellent en même temps. Aucune allergie, vaccination à jour et capacité à marcher sont des compétences très recherchées.

Image disponible sous licence CC de l’usager flickr kretyen

3 réponses pour “Garderie, gardera – 2/2”

  1. Je voulais seulement apporter quelques points supplémentaires concernant le milieu familial non accrédité.

    1. Nos enfants ne comptent pas dans notre ratio (donc 6 enfants payant+les nôtre)alors qu’accrédité c’est 6 enfants payant-les nôtres, donc moins payant. C’est peut-être une raison pour laquelle certaines RSG préfèrent rester non accrédité. Aussi, on a pas le droit d’avoir une assistante pour avoir plus d’enfant.

    2. On peut avoir autant de poupons qu’on a de place, autrement dit, il est possible pour une RSG non accrédité d’avoir 5 ou 6 poupons (contrairement à 2 si on est accrédité), si elle se sent capable d’assumer les responsabilités et possède l’équipement nécessaire.

    3. Tout dépendant de l’endroit ou l’on se trouve, on ne peut pas demander 30$ ou 35$ par jour si on veut de la clientèle. Ici les milieux non-accrédités sont pour la majorité à 18$ (j’ai même vu à 15$)ce qui est en dessous du montant accordé pour une place accrédité (7$+19$), soit 26$ pour un enfant de 18mois et plus, car les poupons sont plus payant.

    4. Finalement, avec le remboursement anticipé, une place à 25$ peut revenir moins cher ou équivalent à une place à 7$, la seule différence, c’est que vous devrez faire vous même votre budget au lieu de le faire faire par le gouvernement.

  2. Merci des précisions. L’article était déjà trop long, alors il est vrai que j’ai tourné quelques coins ronds.

    J’avais brièvement abordé dans mon article précédent la question du coût des frais de garde pour les parents, avec le crédit d’impôt et le remboursement anticipé. J’ajouterais que, pour 2009, le ministère des Finances indique que pour les familles avec un revenu de 125 000$ ou moins, une bonification du crédit d’impôt fait que « le coût quotidien net d’une place non subventionnée en service de garde privé (25 $) devient comparable à celui d’une place à contribution réduite (7 $) dans un service de garde subventionné » ( http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/2009-2010/fr/calcul_fr.asp )

    Par ailleurs, il est vrai que, pour une certaine catégorie de revenus, tous les retours d’impôt peuvent faire que le coût quotidien d’une place non accréditée devienne inférieur à celui d’une place à 7$. D’après un document produit par un professeur de l’UQAM ( http://www.er.uqam.ca/nobel/r14154/Doc_PDF/FGE2008/08-Qc-FGE-txt.pdf ), c’est la tranche des familles gagnant moins de 45 000$ par année pour qui le crédit d’impôt rend le service de garde à 25$ plus avantageux que celui à 7$, une fois tous les retours obtenus. Le site Internet du ministère des Finances propose un calculateur permettant d’effectuer une comparaison (la version 2009 offre plus d’options que la précédente): http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/budget/2009-2010/fr/Garde2009_Francais.html

  3. Je savais que c’était difficile de trouver une garderie, mais que le gouvernement suggère de déménager dans un secteur où il y a des places disponibles c’est renversant. Qu’il va jusqu’à encourager les parents à pousser leur parents à la retraite pour qu’ils gardent les enfants, ça dépasse mon entendement.

    Un moyen déguisé pour réduire la taille de l’état? 😉

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