L’effet de levier

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Depuis quelques semaines, je lis beaucoup au sujet de la crise bancaire américaine et je constate qu’un concept qui revient régulièrement est l’utilisation abusive de l’effet de levier par les banques. Le concept ne s’applique pas qu’aux banques, il explique en fait toute l’importance du crédit dans le fonctionnement de notre économie.

Comme un véritable levier physique, l’effet de levier en finance permet, avec une petite somme d’argent, de multiplier le profit qu’on en retire. Par contre, il ajoute un élément important: plus on utilise l’effet de levier en finance, plus gros est le risque qu’on prend.

Le bon côté de la médaille

Le concept est relativement simple. Prenons un exemple de base: vous êtes un vendeur de souliers dans une ville très populeuse où il y a plus d’acheteurs de souliers que de vendeurs. Vous avez 1000$ dans votre compte de banque pour acheter une nouvelle cargaison de souliers, et ils vous coûtent 20$ chacun. Vous en achetez donc 50 paires que vous revendez 30$… et, comme le marché est bon, vous les vendez tous en une semaine. Au bout de la semaine, vous réalisez donc un profit de 500$, ce qui est très bien.

Maintenant, admettons qu’en plus des 1000$ que vous avez dans vos poches, vous allez à la banque et vous empruntez 9000$ en promettant de rembourser 11 000$ à la fin de la semaine. Avec les 10 000$ accumulés ainsi, vous achetez 500 paires de souliers… et, comme le marché est bon, vous les vendez tous, à 30$ la paire. Vous remboursez la banque et, malgré le taux d’intérêt usuraire fictif, vous empochez quand même un profit de 3000$! Ce qui est six fois mieux que si vous n’aviez pas emprunté.

Quand ça va mal

Prenons les deux même scénarios, mais ajoutons maintenant un élément: l’arrivée en ville d’un compétiteur qui vend des souliers chinois de qualité identique à 15$ la paire. Naturellement, vous n’apprenez son arrivée qu’après avoir reçu votre commande!

Dans le premier cas, vous vendez vos 50 paires de souliers à 15$ la paire. À la fin de la semaine, il vous reste donc 750$. Vous avez perdu 250$, mais il vous reste encore 750$ à vous pour tenter de vous relancer.

Dans le deuxième cas, vous vendez les 500 paires à 15$ la paire. Vous empochez 7500$, sauf que… vous devez 11 000$ à la banque! Vous faites faillite et votre commerce est saisi par la banque. Pouf. Disparu.

La mesure de l’effet de levier

On mesure l’utilisation de l’effet de levier par une compagnie par le ratio entre son argent à elle et l’argent qu’elle a emprunté. Dans notre exemple, le ratio était de 9 pour 1. D’après cet article de Newsweek, les banques canadiennes présentent actuellement un ratio de 18 pour 1, ce qui est considéré comme prudent… Les banques américaines? 26 pour 1. Finalement, les banques européennes (pas étonnant que ça aille mal là-bas aussi) présentent un ratio de 61 pour 1.

Image disponible sous licence CC de l’usager flickr Elsie esq.